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Les dames mistral


29/03/2017 10h00
OekoStroum Weiler est le parc éolien le plus performant du pays; composé de sept éoliennes capables d’alimenter 13.000 ménages, il produira environ 21,5% de l’énergie éolienne du Grand-Duché en 2020, soit environ 6,6% de sa production d’électricité verte. Ce parc s’étend sur 12 ha de la commune de Wincrange qui compte 4.200 habitants. Son bourgmestre Marcel Thommes, revient sur la genèse du projet, sur une ambition devenue réalité qui devrait considérablement contribuer à alléger notre empreinte écologique. Interview.
 
 
Comment est née l’aventure?

Ce projet existait déjà lorsque je suis devenu bourgmestre en 2005 et parmi plusieurs investisseurs potentiels, c’est Oekostrum qui a été retenu. S’en est suivi huit années d’études durant lesquelles il a fallu trouver les meilleurs emplacements, négocier avec les propriétaires tout en rassurant les populations. De nombreux critères existaient comme la distance des habitations, le sens du vent ou encore la non obstruction à la lumière du jour (ombres) mais aussi le respect de la nature car tout autour des éoliennes, il existe des zones de protection pour les oiseaux.
Je salue donc le travail du porteur du projet, l’administrateur délégué d’EMCA, Frank Muller qui a dû s’armer de patience et de diplomatie afin de désamorcer les préoccupations des habitants.
 
 
Êtes-vous aussi allé à la rencontre de vos administrés?

J’ai toujours considéré qu’un bourgmestre représente les intérêts des habitants de sa commune. Il faut donc qu’il soit lui-même persuadé de l’intérêt d’un tel projet avant de le présenter à la population, c’est tout du moins mon approche. Je n’ai rencontré aucune hostilité réelle au projet mais plutôt des craintes quant au bruit et au paysage. J’ai donc essayé de rassurer en expliquant que les premières habitations seraient à plus d’un kilomètre et que la hauteur des éoliennes est de 142 mètres, ce qui amoindrit considérablement les nuisances sonores.

Nous sommes un village rural qui a l’habitude de discuter, que ce soit à la chorale ou à la buvette du club de foot par exemple. J’ai rencontré une grande compréhension dans la population qui se sent très préoccupée par les questions écologiques, signe que les mentalités ont changé.
 
 
Et pour ce qui est du chantier?

Encadrés par deux policiers et une équipe spécialisée de quatre à cinq personnes, les convois sont partis de l’usine Siemens au Danemark et ont mis quatre jours pour rejoindre Weiler. Certaines adaptations ont dû être réalisées comme l’aménagement du rond-point Antoniushof et du croisement au café Legay car le plus léger des camions ne pesait pas moins de seize tonnes. Un très bon travail a aussi été réalisé par les Ponts et Chaussées et c’est plus largement une synergie de nombreux intervenants qui aura permis la réalisation du chantier. Je m’y suis rendu personnellement à plusieurs reprises et me souviens avoir discuté avec l’un des chauffeurs du convoi qui m’a dit qu’une organisation aussi parfaite était rare. J’ai eu l’impression rassurante que chaque détail avait été pris en compte, ce qui n’est pas désagréable pour un bourgmestre. Le chantier a nécessité la plus grande grue d’Europe et j’ai été le témoin de son ballet de legos géants, d’éléments s’emboitant les uns aux autres.

De plus, Frank Muller a compris qu’au nord, nous avons l’habitude de travailler ensemble et qu’il était naturel de faire participer les artisans locaux. Bien sûr, de hautes compétences tant sur le plan logistique que technologique étaient nécessaires et les procédures de soumission ont donc bien évidemment été respectées mais faire participer les entrepreneurs de la région était cependant indispensable à la cohérence du projet dans une optique d’économie circulaire.
 
 
Un mot de fin…

Je suis content que les réflexions sur le projet aient été poussées aussi loin. Je prends pour exemple les 4 hectares qu’il a fallu déboiser et les 3,8 hectares de chênes et de charmes qui ont été reboisés en compensation. Il en va de même pour la création de zones où les oiseaux seront nourris afin de les éloigner des éoliennes et éviter ainsi les collisions ou du terrain agricole qui respecte la biodiversité, et ce, des rongeurs aux rapaces qui les chassent.
?
Notre commune qui compte 4.200 habitants a soutenu un projet capable d’alimenter 13.000 ménages; je pense que c’est un signal fort qui est donné aux autres communes. Ce projet est important car il participe à l’avènement d’un nouveau mode sociétal qui est une alternative aux centrales allemandes de charbons ou aux centrales nucléaires françaises et belges. Le Luxembourg est directement concerné et peut démontrer qu’il n’est pas forcément nécessaire de choisir entre notre niveau de confort et la préservation de la nature. Tout le monde a besoin d’électricité, il faut juste se donner les moyens de la produire de manière responsable.