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Vers une logique économique plus respectueuse de l’environnement


24/01/2017 09h00
Face à l’émergence de l’économie circulaire comme nouvelle logique économique, le Luxembourg va devoir faire face à de nombreux défis afin de proposer des modèles d’affaires s’inscrivant dans le cadre du développement durable. Gilles Poncin, Partner, Advisory en Management Consulting et Frank Wiseler, Senior Advisor en Management Consulting chez KPMG nous présentent les principes fondamentaux de ce concept économique.
 
 
Qu’est ce que l’économie circulaire et pourquoi ce concept semble-t-il avoir de plus en plus de sens?
 
FW: Actuellement nous sommes dans une logique économique linaire dans laquelle on utilise des ressources primaires pour créer un produit et quand il est usé, on le jette. Par opposition, la notion de déchet n’existe pas dans le concept d’économie circulaire. En effet, en utilisant des ressources renouvelables pour le construire, il est plus facile de le réutiliser en fin de vie en le transformant pour qu’il puisse être adapté à un autre usage ou d’en utiliser les matériaux dans le cadre de la construction d’autres produits.
 
Quatre points doivent être travaillés pour atteindre cet idéal. Premièrement, un changement de mentalité doit être opéré au sein de la chaîne d’approvisionnement. Cela passe notamment par l’utilisation de matériaux recyclables dans le processus de production mais aussi par une évolution vers la transparence au niveau de la composition des produits pour parvenir à déterminer comment le réutiliser par la suite.
 
Ensuite, le design de l’objet doit être pensé dès sa conception pour que le processus de démontage ou de remplacement des pièces défectueuses ou obsolètes soit facilité. Ce design doit aussi être conçu de manière à ce que tous les matériaux puissent être désassemblés et recyclés séparément si l’objet devenait inutilisable.
 
Troisièmement, il faut changer la logique de vente dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Avec l’émergence de cette nouvelle économie, le vendeur deviendrait plutôt loueur et les consommateurs seraient utilisateurs d’un produit, avant de le remettre à nouveau au loueur qui saurait le faire revivre d’une manière ou d’une autre.
 
Enfin, une Reverse Logistics doit être mise en place, c’est-à-dire qu’il va falloir prévoir les retours des objets en fin de vie à leurs producteurs ou à un de ses partenaires.
 
GP: L’économie circulaire semble avoir de plus en plus de sens car même dans notre logique de consommation actuelle, nous accusons de très grandes pertes de matériaux, et donc d’argent, puisque nous jetons des objets sans les exploiter au maximum de leur potentialité. De plus, les ressources que nous utilisons actuellement sont limitées et leur prix augmente, il semble alors pertinent de créer des objets de manière à préserver ces ressources qui, nous le savons, ne seront pas éternelles. Il est donc temps de les recycler et surtout de trouver des sources d’énergie renouvelables plus respectueuses de l’environnement et bientôt plus rentables afin de limiter l’utilisation de matières premières.
 
 
En quoi le concept d’économie circulaire et celui de la Troisième Révolution Industrielle sont-ils liés?
 
GP: Même si l’économie circulaire ne fait pas partie des six piliers de la Troisième Révolution Industrielle, c’est un des thèmes transversaux de l’étude et elle a un impact sur tous les éléments de la démarche de cette révolution. Que ce soit concernant l’énergie, la mobilité, la construction, l’alimentation, l’industrie ou la finance, l’économie circulaire doit jouer un rôle à chacun de ces niveaux; le lien entre ces deux concepts est donc direct. Sans une économie circulaire, les propositions faites par Jeremy Rifkin ne pourraient être mises en application et fonctionner.
 
Jusqu’ici, nous étions dans une logique encourageant à «réutiliser, réduire et recycler» mais aujourd’hui en ajoutant la dimension circulaire dans l’équation, on passe plutôt à une démarche visant à «réparer, réutiliser, remanufacturer et recycler» afin de pouvoir créer une boucle dans la vie des produits.
 
 
Quels défis et opportunités génère cette nouvelle manière de penser l’économie pour le Luxembourg?
 
GP: Le Grand-Duché de Luxembourg se positionne d’ores et déjà comme un pays précurseur de ce concept mettant en application cette logique d’économie circulaire. Par exemple, concernant le thème de l’éco-design, il pourrait être appliqué à des secteurs d’activités en plein essor comme l’industrie et la construction. Si le secteur public développe un savoir-faire unique dans ce domaine, celui-ci pourrait ensuite devenir une source de revenu.
 
Dans le domaine de l’IoT, la petite taille du territoire pourrait être un avantage puisqu’elle favoriserait la mise en place d’infrastructures innovantes pour le stockage d’informations en ligne. De nouveaux modes de pensée vont devoir engendrer de nouveaux modèles d’affaires pour parvenir à entrer dans une logique d’échange plus durable. Le changement de mentalité qui doit être à l’origine de cette révolution est sans doute le point qui demandera le plus de temps et d’efforts.
 
FW: Le Luxembourg se positionne comme la place financière de référence pour les investissements allant dans la direction de l’économie circulaire. Le pays possède également un excellent secteur logistique c’est pourquoi la mise en place d’une logistique des retours pourrait générer des opportunités d’affaires significatives.
 
En bref, l’Etat a une carte à jouer au regard de l’économie circulaire, et ce, dans tous les secteurs, que ce soit dans la construction, l’énergie, la mobilité, la finance, l’agriculture et l’alimentation ou encore la technologie.